BOUGOUNIÉRÉ INVITE À DÎNER
BlonBa 2005 (spectacle en exploitation). Avec Diarrah Sanogo (Bougouniéré) ; Michel Sangaré (Djéliba) ; Lassine Coulibaly (les triplés) ; scénographie et lumière : Hervé Gary, Catherine Teilhet ; Youssouf Péliaba ; régie générale : Youssouf Péliaba ; administration : Boudramane Pona (Afrique), Jean-Jacques Barey (Europe) ; Texte : Alioune Ifra Ndiaye et Jean-Louis Sagot-Duvauroux ; Mise en scène : Patrick Le Mauff ; direction : Alioune Ifra Ndiaye. Bougouniéré invite à dîner est un événement Africultures.

Merci pour leur soutien à l’agence intergouvernementale de la Francophonie, aux ministères maliens de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, à l’Apej, au centre culturel français de Bamako, au groupe des Vingt théâtres en Île-de-France, au Conseil général de la Seine-Saint-Denis, à l’Omja, à la ville de Fontenay-sous-Bois, à Christophe Adriani, à Thierry Sarfis et à Olivier Cabon.

Après Le retour de Bougouniéré, BlonBa propose un nouveau spectacle de kotèba. Après le succès du « Retour de Bougouniéré » — plus de cent dix représentations dans six pays d’Europe et d’Afrique, dont une quarantaine au Mali même —, BlonBa propose un nouveau spectacle de kotèba « Bougouniéré invite à dîner ». Cette pièce reprendra le personnage de Bougouniéré, un peu à la manière dont on retrouve Charlot dans les histoires que raconte Chaplin.

Le kotèba, c’est quoi ?

Le kotèba est une forme de satire sociale jouée sur le mode burlesque dans les villages de l’aire mandingue (Afrique de l’Ouest). Dans les années 1980, un mouvement de comédiens a commencé à adapter ce genre en milieu urbain. « Bougouniéré invite à dîner » s’inscrit dans la continuation de ce mouvement.

Bougouniéré, une directrice d’Ong pleine d’ambition

Désormais, Bougouniéré (Diarrah Sanogo) dirige à Bamako une Ong « humanitaire ». Citadine moderne et engagée, mais d’extraction populaire, elle a l’esprit fort occupé par un sport bien connu : la chasse aux subventions. Ce soir, un bailleur venu des pays riches a souhaité faire connaissance avec « l’Afrique profonde ». Il est attendu à dîner par la militante, installée dans sa cour. Bougouniéré commence à préparer le repas. L’eau bout dans la marmite.

Djéliba, un concepteur de monuments aigri

Djéliba, son époux, (Michel Sangaré) est un ingénieur au chômage, spécialisé dans la conception et la réalisation de « monuments historiques et machines spéciales ». Débouchés rares, métier ingrat, mais passion exclusive, donc aigreur assurée. Pour Bougouniéré, c’est un paresseux, un phraseur. Elle ne se prive pas de le lui dire. Djéliba espère beaucoup sur la venue du bailleur pour plaider en faveur de l’oeuvre de sa vie : un restaurant panoramique en forme d’hippopotame géant sur la colline de Hamdallaye, qui domine la capitale malienne. Bougouniéré voit d’un très mauvais oeil cette intention perturbatrice, susceptible de détourner l’attention du bailleur.

Nyamanton, Molobali et Fily, des triplés très différents

De Djéliba, la moderne Bougouniéré, adepte du planning familial, n’a voulu avoir qu’une seule grossesse. Résultat : des triplés, Nyamanton, Molobali et Fily (Lassine Coulibaly « King »). Nyamanton, alias « Ben Laden », est adepte d’une secte islamique, les « pieds nus », dont les membres refusent le contact avec tout ce qui touche d’une manière ou d’une autre au monde occidental. Molobali est un « ultralibéraliste » touché par la grâce des évangélistes born again. Bougouniéré considère l’un et l’autre comme des bons à rien. Elle compte surtout sur Fily, parti à l’aventure en Europe. Elle a néan­moins fait appel à tous les trois pour qu’ils l’aident à préparer un repas susceptible de séduire le bailleur.

Le « bailleur » viendra-t-il ?

À son grand désespoir, Nyamanton, qui ne manque pas de lui faire une petite leçon d’Islam rigoriste, lui rapporte du fonio sauvage, céréale dont elle doute très fort qu’elle puisse être appréciée par le bailleur. Après avoir réuni ses maigres sous de capitaliste en mal de fonds de départ, Molobali n’a pu acheter qu’une aubergine et un poisson-chat. Quant à l’argent qu’elle attendait de Fily, il ne viendra pas, et pour cause. Le jeune homme arrive piteusement dans la cour de sa mère, expulsé de France pour défaut de papiers.

Bon appétit !

En dépit de ces mésaventures, Bougouniéré fait la cuisine sur scène, en direct, désolée de n’avoir à offrir à son hôte qu’un plat aussi rustique. Mais finalement, le bailleur se décommande. Il ne reste plus qu’à partager le plat et la sauce avec le public. L’échange vrai a remplacé la perfusion initialement espérée. Et c’est délicieux ! (Mais attention de ne pas déflorer la fin dans les documents de présentation au public !)

Une nouvelle étape dans l’histoire de BlonBa

« Bougouniéré invite à dîner » marque une nouvelle étape dans la réflexion de BlonBa sur le kotèba et son apport possible à l’histoire contemporaine du théâtre. Comme pour Le Retour de Bougouniéré, burlesque et satire sociale y sont très présents. Mais l’adresse aux spectateurs, fréquente, et le repas partagé qui conclut le spectacle permettent de travailler de façon originale et nous l’espérons féconde la question cruciale de l’impli­cation du public. La nature du dispositif permet également un travail spécifique avec chaque lieu disposé à accueillir le spectacle.

Déranger les rites d’accès au théâtre

Ce principe a pour objectif de « déranger » les rites habituels d’accès au théâtre et d’ouvrir sur de nouveaux publics. Dans cet esprit, les différentes mises en forme qui accompa­gnent les fêtes de famille — photo, vidéo, cartons d’invitation — pourront être égale­ment confiées à des créateurs.

Le spectacle est conçu pour être présenté en salle, mais il peut aussi se déplacer dans des espaces non destinés à la représentation. Le dispositif scénique, qui porte des lumières entièrement autonomes potentiellement raccordables à une batterie de camion, a été imaginé pour pouvoir être utilisé dans des espaces non-électrifiés de la campagne africaine.

Conditions techniques

Un espace rectangulaire de 13 m x 15 m. Le public (150 à 200 spectateurs), sur trois ou quatre rangs gradinés, occupe trois des quatre côtés du rectangle. Le gradin existant d’un théâtre peut s’inscrire dans le dispositif (sur un nombre limité de rangs) si les dimensions et l’agencement de la scène le permettent.

Espace de jeu : 6 m x 11 m. Le spectacle peut être présenté dans tout espace clos aux dimensions requises (petit gymnase, salle polyvalente, grange, plateau de théâtre, plein air abrité…). Lumières : entièrement autonomes ; installées sur un gril autoportant, posé sur six tiges verticales lestées par des plots ; puissance électrique requise : 2 prises, 16 ampères. Montage : 4 heures, deux personnes en plus du régisseur de la tournée.

Transport du décor par véhicule 12 m3. Fiche technique détaillée sur demande.

Alain Foix donne son avis sur le spectacle

Le dernier spectacle de BlonBa tel que l’a vu Alain Foix, écrivain (Ta mémoire petit monde, Gallimard ; grand prix Beaumarchais de l’écriture théâtrale de la Caraïbe), chro­niqueur à Libération, directeur du Quai des Arts, ancien directeur de la scène nationale de Guadeloupe.

C’est d’abord une odeur. Une odeur de cuisine qui vous fait saliver. Une énorme mar­mite solitaire trône sur son réchaud en plein centre du fer à cheval formé par le cercle des spectateurs. Elle vous accueille, distillant en silence son fumet odorant. L’estomac manifeste. Ce serait bien malheur de ne pas en goûter. La scène reste vide attendant que la panse du théâtre se remplisse d’estomacs.

La scène ? Un espace de plain-pied limité par un grand rectangle dont la texture fait penser à un sol de terre battue. Quelque chose de l’Afrique nous accueille, nous intègre d’emblée, un théâtre convivial. Cette attente est déjà du théâtre. Le silence et le vide le tissent. Les convives se regardent, s’observent se comptent. Ils se savent déjà un peu plus que simples spectateurs. Ils font partie du spectacle et ce monologue de marmite rebondie leur indique d’entrée qu’ils seront de la fête au final. Un public métissé. Les boubous se frottent aux jeans, les tailleurs aux jupes plissées. En fond de scène, un hippopotame en carton-pâte, gueule ouverte. Affamé lui aussi ? « La chose anthropophage » dit Djéliba perdu dans ses pensées. Djéliba ? Pardon, on ne l’a pas vu venir. Il est entré dans ses rêves sur la scène. Si distraitement, si discrètement. Il est ailleurs. Lui non plus ne nous a pas vus. Il s’en excuse et se présente : « Djéliba, alter­mondialiste. Altermondialiste : celui qui veut un autre monde ». Un rêveur. C’est lui, l’auteur de cet hippopotame, maquette d’un projet de complexe ultramoderne qu’il voudrait voir construit sur les hauteurs de Bamako. Il est « ingénieur-concepteur en monuments historiques et machines spéciales » au chômage, forcément. Un bon à rien, selon Bougouniéré sa femme qui, elle, fait bouillir la marmite, les deux pieds bien sur terre.

Justement, la voici qui arrive. Ça, c’est une entrée. Un ouragan humain, tout en énergie qui écrase son pauvre mari sous une pluie d’insultes « chômeur chronique, crustacé, phacochère »… dignes du capitaine Haddock. Elle, elle sait faire rentrer l’ar­gent. Elle ne rêve pas, elle. Elle prend le monde tel qu’il est, pragmatique. Les Blancs ont l’argent. Il faut leur faire cracher en exploitant leurs vices. Pour cela, elle a monté une Ong, sorte d’outil universel, de couteau suisse pour soutirer l’argent à l’Occident. Justement, elle s’en occupe. La marmite là, c’est pour son invité, Mr Bigfish dont elle va conquérir la bourse en caressant la panse. Mais il faut investir. Pas assez d’ingrédients dans la marmite pour séduire son hôte. Elle demande à ses triplés de lui venir en aide. Trois caricatures d’une jeunesse malienne en ballottage existentiel. Le premier, intégriste musulman, marche sur des cartons, refusant de poser le pied sur une terre impure. Le second, un ultralibéraliste évangéliste. Le troisième, émigré en Europe en quête de travail. Réussiront-ils dans leur entreprise de séduction de Bigfish ? Bigfish viendra-t-il ? Serons-nous invités, nous spectateurs, à participer au repas ? Telle est la nature du suspense qui tire le fil humoristique et souvent hilarant d’une histoire triste sur fond d’un Mali au masque grimaçant que Djéliba, le rêveur, rescapé de la » chose anthropophage », la mine de sel où il fut condamné, cherche encore à changer.

Monté pour la compagnie BlonBa, par Alioune Ifra Ndiaye et Jean-Louis Sagot-Duvauroux (en collaboration avec Patrick Le Mauff) sous la forme d’un kotèba (satire sociale traditionnelle jouée sur le mode burlesque dans les villages de l’aire mandingue) ce Bougouniéré invite à dîner, joué avec brio par de talentueux comédiens (Diarrah Sanogo — Bougouniéré, Michel Sangaré-Djéliba, Lassine Coulibaly — les triplés), allie la finesse et l’intelligence du texte au comique des gestes et des répliques sur fond tragique d’une situation malienne. Situation où l’espoir semble encore échapper au naufrage puisqu’un tel théâtre y est possible.

– Alain Foix, novembre 2005

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Belgique, Bénin, DVD Copat, France, France Ô, Luxembourg, Mali, Sénégal, télévisions africaines via Cfi, TV5

Alioune Ifra Ndiaye, Jean-Louis Sagot-Duvauroux, Patrick Le Mauff

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